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Le phénomène Indochine de retour à Lyon

Le phénomène Indochine de retour à Lyon
le 19.11.2009 04h00

Nicola Sirkis entretient une relation privilégiée avec ses fans, comme ici, lors d'un concert au théâtre de Fourvière / Archives Stéphane Guiochon



Nicola Sirkis entretient une relation privilégiée avec ses fans, comme ici, lors d'un concert au théâtre de Fourvière / Archives Stéphane Guiochon

Quatre concerts à Lyon en quelques mois, dont deux demain et samedi, à la Halle Tony-Garnier : le groupe de Nicola Sirkis continue à attirer de nouveaux fans

Demain et samedi, c'est complet. Le 13 mars, aussi ! Les responsables de la tournée d'Indochine ont dû programmer un quatrième concert, le 17 avril, toujours à la Halle Tony-Garnier de Lyon, pour satisfaire tous les fans lyonnais, et ne laisser personne à la porte du « Meteor tour »...

Quatre fois 8 000 personnes ! Aucun groupe français ne peut rivaliser avec Indochine. Et côté international, il faut aller chercher les grosses machines (Coldplay, Muse) pour retrouver une telle affluence.

Pourquoi un tel succès ? Indochine est né au tout début des années 80, mais il reste le groupe de l'Hexagone du XXIe siècle.

Avec l'album « Danceteria » en 1999, puis grâce à « Paradize » en 2002, le groupe a séduit une nouvelle génération de fans, qui ont l'âge même qu'avaient les premiers acheteurs de « L'Aventurier » ou du « Péril Jaune », il y a plus de 25 ans. Et « Indo » a réussi à entraîner plusieurs générations dans ce sillon, avec « Alice & June » et « La République des Meteors ».

Ce succès est celui d'un homme, Nicola Sirkis, seul rescapé du « line-up » original d'Indochine. Sa principale réussite est d'ailleurs d'avoir su s'entourer.

Le guitariste est allé chercher des jeunes musiciens fans du groupe, à l'image d'Oli de Sat et du Lyonnais Boris Jardel, et leur a offert la possibilité de participer à la composition et à la réalisation des albums. Un sang neuf qui a fait d'Indochine un véritable groupe et non un leader accompagné d'exécutants.

Le succès d'Indochine s'explique aussi par la relation privilégiée que le groupe entretient avec ses fans.

« On va à tous leurs concerts, on les attend et ils sont toujours sympas avec nous, ils ont toujours du temps à nous accorder », explique Christophe, un fan lyonnais.

Une attention qui a fait ainsi limiter à 8 000 personnes la jauge de la Halle.

La salle lyonnaise peut « monter » jusqu'à 17 000, comme c'est le cas pour Muse dimanche. Mais la production d'Indochine a préféré donner deux concerts afin d'en limiter le gigantisme. Quitte à gagner un peu moins d'argent...

Côté argent, le groupe sait être raisonnable. Un ticket pour un concert d'Indochine vaut 35 euros. À titre de comparaison, le show pour Depeche Mode, lundi, commence à 50 euros, celui de Placebo était à 40.

On ne peut pas parler du succès d'Indochine sans évoquer sa musique... Le groupe de Nicola Sirkis a su garder un équilibre entre audaces sonores et mélodies accessibles. Comme il forme un pont générationnel entre les ex-fans du new-wave et les jeunes potaches gothiques, Indo navigue entre les genres musicaux en évitant tous les filets.

Enfin, il y a un signe ultime de succès auquel Indochine n'a jamais échappé. C'est la vindicte farouche de ses opposants, parfois à la limite de la haine...


http://www.leprogres.fr/fr/region/l-ain/ain/article/2206560,179/Le-phenomene-Indochine-de-retour-a-Lyon.html

# Posté le vendredi 20 novembre 2009 07:55

Nicola Sirkis se confie à ses fans

Nicola Sirkis se confie à ses fans
A La Provence, à Marseille, le chanteur d'Indochine parle de sa carrière, du stade de France ou encore de sa relation au public.
Autour de Nicola Sirkis, de gauche à droite, Julien Mamari, Sabine Lelièvre, Eric Crouzet, Stéphanie Deque, Jean-Loup Thiant et Laure Gaillard. Tous ont pu converser avec le chanteur au cours d'un déjeuner à

Autour de Nicola Sirkis, de gauche à droite, Julien Mamari, Sabine Lelièvre, Eric Crouzet, Stéphanie Deque, Jean-Loup Thiant et Laure Gaillard. Tous ont pu converser avec le chanteur au cours d'un déjeuner à "La Provence". Un moment intense.

Photo Édouard Coulot

Deux heures d'échanges. Les six lecteurs qui ont participé, samedi au siège de La Provence, à un déjeuner avec Nicola Sirkis ont parlé de "moment intense", de "rencontre magique". Sélectionnés après un appel passé sur LaProvence.com, ils étaient six lecteurs de La Provence ou fidèles du site internet à goûter à cette aventure : Julien Mamari, 22 ans (Marseille), Sabine Lelièvre, 35 ans (venue de Stockholm en faisant un crochet par Embrun où vit sa mère!), Eric Crouzet, 27 ans (Marseille), Stéphanie Deque, 25 ans (Rennes), Jean-Loup Thiant, 50 ans (Marseille) et Laure Gaillard, 37 ans (Marseille). Tous étaient au concert de la veille, au Dôme à Marseille, quand Nicola et sa bande ont régné pendant près de 2h30 sur une foule de 8000 adeptes en extase.

Après un petit temps d'hésitation, les questions ont fusé et le déjeuner avec les lecteurs (une "première" pour Nicola) a gentiment glissé vers la "discussion informelle". Nicola Sirkis, agréable, (très beau), et détendu, n'a rien éludé.

Morceaux choisis de quelques-unes de ses réponses.

La première chanson
"C'était 'Dissidence politik'... Très vite, on a eu envie de mélanger les genres, s'amuser mais ne pas faire uniquement danser bêtement. Le groupe s'est formé en mai 81 et le premier concert a eu lieu en septembre. Ça se passait comme ça à l'époque..."

Les festivals 2010
"Pour après le Stade de France (NDLR le 26 juin 2010, concert qui affiche complet), les propositions arrivent. On va sûrement faire les Vieilles Charrues et une date dans le Sud Est, peut-être les arènes de Nîmes. On avait fait ça avec Placebo il y a neuf ans et c'était très intéressant. On songe aussi à rajouter des dates sur Paris. Il a été question à un moment de rajouter un Stade de France... Ce concert du 26 juin, on va tout faire pour qu'il soit exceptionnel, incroyable. Pour recevoir 80 000 personnes, il faut travailler parce que ce n'est pas un endroit pour un concert à la base. Mais quand on a fait Bercy la première fois, je ne pensais pas qu'on pouvait rendre le concert intime, que c'était impossible. Le Stade de France est un bel outil, il faut juste espérer qu'il ne pleuve pas... Il y aura deux scènes, on est en train de travailler sur la maquette en ce moment."

Le public
"Aller à un concert, je sais ce que c'est. Il faut attendre, ce n'est pas très confortable. Souvent je me dis 'le public paye pour me voir' et je trouve ça fou ! J'ai du respect pour ce public. D'ailleurs si j'ai voulu faire le Stade de France , c'est pour lui. Quand j'ai vu, pendant la tournée Alice & June, comment il s'était régénéré. Je me suis dit ce 'putain de public' mérite que le groupe passe dans un tel endroit."

Le groupe
"J'ai eu envie de continuer le groupe car je trouvais que c'était injuste ce qui s'était passé pour Indochine à la fin des années 80 et dans les années 90. Sur les tournées, bien sûr, on voit revenir les anciens fans mais ce n'est pas du tout dans un esprit "retour aux années 80 et RFM Party". On a souvent dit que j'écrivais toujours la même chanson mais de mon côté, j'ai toujours été surpris de voir que ce que j'écrivais à 20 ans, 30 ans, 40 ans, touchait les gens. Dans mes chansons, je parle plutôt des autres que de moi..."

La chanson "3e sexe"
"C'est une chanson qui est toujours d'actualité. Quand je l'ai écrite, je n'avais aucune prétention, c'était juste un texte sur la tolérance vis-à-vis de toutes les formes de différence. La maison de disques n'en voulait pas, on a insisté pour qu'elle soit sur l'album. Et depuis, il n'y a pas une semaine sans qu'un couple de lesbiennes ou de gays me remercient par rapport à cette chanson. On s'est toujours positionné, même si nous ne sommes pas homos, pour le mariage homo, en faveur de l'adoption pour les couples gays. Ce n'était pas mon but initial mais je suis content si cette chanson change les choses. Le rock change souvent les choses! Je pense qu'on évolue dans le bon sens. Il se passe des choses incroyables, il y a un an par exemple, un peuple suffisant comme les Américains élisait un Noir à la Maison Blanche."

Le Japon
"J'ai une grande attirance pour ce pays, j'y suis allé deux fois. J'y ai rencontré la dernière fois des filles incroyables qui font des mangas. Un album pourrait sortir au Japon... Mais je suis heureux de ne pas être connu là-bas, ça me donne la possibilité de m'y promener librement".

Impôts
"On a un gouvernement qui nous parle d'identité nationale et les trois quarts des amis de ce gouvernement sont des exilés fiscaux. Je suis extrêmement choqué par les artistes qui décident de vivre en Suisse. C'est voler l'argent des pauvres, de ceux qui, eux, payent leurs impôts"

La publicité
"La publicité, le sponsoring par des marques, on refuse tout. Pourtant, vu le prix des places (NDLR 35 euros maxi), ce serait utile pour financer des trucs. Au Stade de France, on est obligé de faire avec les pubs qui sont à l'intérieur du stade. Il y a aussi 3000 places sur lesquelles on n'a pas le contrôle. Mais on va tout faire pour en récupérer pour le public. Je voulais fonctionner avec un tarif unique mais ce n'est pas possible pour des questions techniques, il faut pouvoir canaliser les gens et gérer les espaces".

Le meteor tour
"Je suis content que le concept de ce concert marche bien: le fait de faire descendre cinq écrans donne l'impression au public de rentrer dans la scène. Techniquement, il y a des projecteurs partout qui diffusent les images avec cinq montages différents. On a retourné beaucoup d'images, même celle de l'intro, avec ce cheval qui arrive. C'est vraiment de l'artisanat, c'est comme ça qu'on a travaillé. Porter une tenue de "poilu" de la Guerre de 14-18, j'ai adoré parce qu'il y a quelque chose de très puissant dans cette image. On est en adéquation complète avec le thème, on y croit."


Le rythme
"On fait trois concerts par semaine au maximum. Après, c'est trop, c'est de l'abattage. Jouer deux heures et demi sur scène, c'est beaucoup de pression, c'est fatigant. D'ailleurs, je suis fatigué. D'autant que 25 dates nous attendent. Mais on a terminé l'album en novembre 2008 et on a attendu un an avant d'être sur scène, on en avait très envie. Alors, il faut dormir, faire du sport, boire de l'eau, prendre des vitamines. Vous n'imaginez pas combien mon quotidien est banal... Mais je m'amuse beaucoup sur cette tournée, je pense que je n'avais jamais pris autant de plaisir".


http://www.laprovence.com/article/spectacles/nicola-sirkis-se-confie-a-ses-fans
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# Posté le mercredi 18 novembre 2009 19:06

Édition du samedi 14 novembre 2009 Indochine « Dans nos concerts, tout est encore possible »

Édition du samedi 14 novembre 2009  Indochine « Dans nos concerts, tout est encore possible »

Le groupe se produit demain dans un Zénith de Montpellier complet. Son leader Nicola Sirkis évoque le succès après son concert marseillais

Vous sembliez ému par l'accueil du public à Marseille. Est-ce la même chose tous les soirs ?
Nicola Sirkis : C'est la première tournée où je suis ému tous les soirs mais c'est vrai que les Marseillais m'ont fait pleurer sur 3e sexe. Depuis peu, il se passe quelque chose pour nous dans le sud alors que nous sommes plutôt un groupe du nord. Pour la première fois, les concerts y sont complets, par exemple à Montpellier.

Le "Alice & June Tour" fut un moment fort pour Indochine. Ce "Meteor Tour" l'est-il aussi ?
Le "Alice & June Tour", qui a réuni 600 000 personnes,
est la tournée qui nous a donné envie de continuer et de faire le Stade de France (le 26 juin 2010 pour les 30 ans du groupe, c'est complet, NDLR). Mais ce "Meteor Tour" prend une autre dimension avec les cinq écrans qui rentrent dans la salle et intègrent le public à notre univers.
Vous abordez sur l'album et sur scène des thèmes peu évidents, la séparation et l'absence, sous l'angle du soldat parti au front.

Pourquoi ce choix ?
C'est né d'une visite à la Biennale de Venise et de la lettre de rupture que Sophie Calle y exposait. Histoire est un thème difficile à aborder pour un groupe de rock. Mais, alors que notre société subit une crise économique basée sur le mensonge, les gens s'intéressent beaucoup à l'Histoire parce qu'ils savant qu'elle ne ment pas. C'est parfois dur mais le concert se termine par la Libération, donc par une communion festive.

Vous aimez vous qualifier de "groupe dissident". Pourquoi ?
Parce qu'on a une éthique et une déontologie. Je ne suis pas là pour m'enrichir et m'acheter un yacht de plus (les places de concert en province sont limitées à 35 ¤, NDLR). Je n'oublie aussi jamais de faire passer des messages, que ce soit contre la loi Hadopi ou pour le mariage des homosexuels. La scène est le seul moment de liberté totale qu'il nous reste, alors que tout est de plus en plus interdit et contrôlé. Dans nos concerts, tout est encore possible.

Il y a eu le départ de Dominique Nicolas, le passage à vide des années 90, la mort de frère en 1999... Avez-vous un jour douté de l'avenir d'Indochine ?
Si je doute toujours de moi, je ne doute jamais de ce groupe. Et dans les pires moments, c'est la scène qui m'a donné envie de continuer. Trois générations de fans, c'est irrationnel dans le rock. Je suis donc aussi fier de moi que de ce public qui a continué de nous suivre alors que le groupe était vilipendé.

Avec quels titres prenez-vous le plus de plaisir sur scène ?
Les nouveaux : Club Meteor, Little Dolls ou La lettre de métal... Mais je prends aussi toujours plaisir à jouer L'Aventurier, sinon je ne serais pas là.

Vous avez eu 50 ans en juin. Vous voyez-vous vieillir comme les Rolling Stones ?
Pourquoi pas ! Le sablier ne s'arrêtera pas. Mais pour l'instant, dans ma tête et dans mon corps, je n'ai pas 50 ans.

Recueilli par Eric DELHAYE


http://www.midilibre.com/articles/2009/11/14/CULTURE-LOISIRS-Dans-nos-concerts-tout-est-encore-possible-997384.php5

# Posté le dimanche 15 novembre 2009 18:16

Indochine : Météors en barre

Indochine : Météors en barre
Nicola Sirkis, ici lors de sa venue aux NRJ Music Awards de Cannes en janvier dernier, sera sur la scène du Dôme de Marseille et du Palais Nikaïa de Nice cette semaine.

Un an, presque jour pour jour, après l'annonce d'un nouvel album (La République des Météors) et d'une tournée logiquement baptisée Météo Tour (1), Indochine sera comme prévu, à Marseille vendredi et à Nice mardi prochain.



Entre-temps, on a pu vérifier que l'étonnant succès du groupe ne s'était pas émoussé depuis son dernier passage dans notre région à l'automne 2006. Au contraire ! Une dizaine de concerts ont dû être ajoutés au « roadbook » prévisionnel du Météor Tour – qui va se poursuivre jusqu'au mois de mars – et le concert final du Stade de France, le 26 juin est complet depuis belle lurette (2). Ce sera la première fois qu'Indochine se produit dans une enceinte aussi importante (80 000 places). Le groupe y fêtera son 30e anniversaire et son leader (et unique membre originel) ses... 50 ans !
Promis à une gloire éphémère depuis sa formation en 1981 et ses premiers succès pop (« L'Aventurier », « Canary Bay », « Trois nuits par semaine »), Indochine n'a cessé depuis trente ans de déjouer les pronostics et les critiques.
Raillés pour leur look gothique androgyne, leurs mélodies faciles et leurs textes naïfs, Nicola Sirkis et les siens ont résisté à toutes les modes, à tous les bouleversements de l'industrie musicale et à tous les changements de personnel, pour demeurer aujourd'hui, le dernier grand groupe historique du rock français.

Finir en beauté ?
Et ce, alors même que la mort d'un des membres fondateurs, Stephane Sirkis, frère du chanteur, aurait logiquement dû sceller sa perte, dès 1999.
Souvent opposé à ses débuts à Téléphone, Indochine sera le premier des deux à jouer au Stade de France, si les rumeurs de reformation de la bande à Aubert et Bertignac se confirment. Joli pied de nez et belle reconnaissance pour Nicola Sirkis qui a porté seul toutes ses années sur ses frêles épaules le mythe d'un « rock à la française ».
Difficile, même avec le recul, d'expliquer cette étonnante longévité autrement que par la vertu de mélodies accrocheuses, qui ont fini par marquer plusieurs générations même malgré elles (« L'Aventurier »), mais surtout par une fidélité à un look et à un univers « gothique » qui, lui aussi promis à un succès éphémère, a traversé les décennies et continue d'être adopté par nombre d'adolescents.
Alors que leur dernier véritable tube (« J'ai demandé à la lune », composé par Michaël Furnon de Mickey 3D) date de 2002 et que leur leader a atteint la cinquantaine, Indochine continue ainsi d'attirer un public étonnamment jeune et féminin, qui forme la majorité de ses fans.
Le dernier album, qui marque un retour discret à un son et à des mélodies plus pop, après plusieurs albums noisy et surproduits, a ouvert la voie pour des concerts « best-of », dans lesquels Indochine peut célébrer ses trente années d'existence en toute légitimité, alors qu'il n'est plus qu'un agglomérat de musiciens venus d'univers différents autour du leader et seul membre originel, Nicola Sirkis. La personnalité charismatique de ce dernier, sorte de Mylène Farmer au masculin, se confondant pour les fans avec celle du groupe.
À 50 ans passés, malgré un look toujours juvénile, ce dernier, qui peut encore se permettre de poser nu sur les affiches de la tournée, pourra-t-il encore longtemps incarner l'éternelle jeunesse d'Indochine ?
La tentation de « finir en beauté » n'était sans doute pas absente du pari du Stade de France. « Ce qui est sûr, c'est que le concert du Stade de France sera le dernier... de cette tournée ! », nous avait répondu Nicola lorsqu'on lui avait posé la question. La facilité avec laquelle ce pari a été gagné pourrait aujourd'hui l'inciter à repousser l'échéance. Rendez-vous en 2020 ?

http://www.nicematin.com/ra/culture-loisirs/221681/concert-indochine-meteors-en-barre

# Posté le jeudi 12 novembre 2009 14:13

Indochine par nos lecteurs

Indochine par nos lecteurs


Exception culturelle française, le groupe de Nicola Sirkis fête ses trente ans d'existence avec une tournée transgénérationnelle qui bat tous les records.

Alors que nous vivions ce moment difficile, les Inconnus et toute la France se foutaient de notre gueule.

Voici un an, à la sortie de son album "La République des Météors", Indochine acceptait le principe d'une rencontre avec les lecteurs de Télé Moustique. "On pourra faire ça le lendemain de notre concert à Forest National en octobre 2009", nous avait alors promis son leader et fondateur Nicola Sirkis. Il n'y a pas eu un concert à Forest National au mois d'octobre, mais trois. Et trois autres dates sont programmées pour 2010. Malgré un timing de plus en plus serré, Indochine a tenu parole.

Depuis que Télé Moustique organise de telles rencontres privilégiées avec des personnalités issues du monde culturel, nous n'avions jamais reçu autant de candidatures de lecteurs. Des hommes, beaucoup de femmes. Des fans qui ont découvert Indochine avec son premier succès L'aventurier en 1981 et vont toujours à Forest pour chanter Des fleurs pour Salinger ou 3 nuits par semaine. Des ados qui ont découvert le groupe avec J'ai demandé à la lune. Des institutrices, des psychologues, des écoliers, des mamans au foyer, des pères de familles nombreuses...

Sur le forum officiel des Indos Fans, pas moins de sept pages de messages faisaient référence à cette entrevue exceptionnelle. Un admirateur du groupe, qui n'avait pas été retenu par tirage au sort, a menacé de se suicider s'il ne pouvait pas voir Nicola. Mais, finalement, tout s'est bien passé. Pas de suicide, pas de scènes d'hystérie, pas d'évanouissement. Au jour J et à l'heure H, dix lecteurs se sont installés dans le bar cosy du très chic hôtel Manos. En face d'eux, Nicola Sirkis, cinquante ans en juin prochain, et Oli de Sat, guitariste/compositeur arrivé dans le groupe en 1999.

Nicola Sirkis a résumé ainsi deux heures d'entretien où aucune question n'a été éludée: "C'est grâce à de telles rencontres que je me rends compte que je suis un être humain normal qui s'adresse à des gens normaux. Les tournées, les concerts, c'est grisant. On est adulé, on s'amuse, on est sur son nuage. Mais ces moments rares me permettent de mieux comprendre la relation privilégiée que nous entretenons avec le public."

Comment expliquez-vous que lors de vos concerts, ce sont les mêmes chansons, comme L'aventurier ou Troisième sexe, qui suscitent le plus d'enthousiasme, tant chez les fans de quinze ans que chez ceux qui en ont trois fois plus?
Nicola Sirkis - Le public d'Indochine, c'est un miracle. C'est un cadeau. Et ce n'est pas prétentieux de dire que c'est unique. U2 n'a pas un tel public transgénérationnel. Johnny Hallyday non plus. Quand Indochine remplit six fois Forest National, nous ne touchons pas que les fans de rock ou les jeunes gothiques, comme certains le pensent. On touche tout le monde. Les jeunes sont devant, les plus âgés sont dans les gradins et tout se passe avec beaucoup de tolérance.

De quoi êtes-vous le plus fier aujourd'hui?
N.S. - C'est de pouvoir remplir les salles longtemps à l'avance sans devoir trop tremper dans le business. Le prix des tickets de nos concerts, même pour celui du Stade de France le 26 juin 2010, reste démocratique et nous n'avons pas dû faire appel à des sponsors pour y parvenir. Nous ne sommes pas naïfs. On fait partie du système, mais nous restons intègres avec notre éthique, et ça, personne ne peut nous l'enlever.

Si c'était à refaire, que changeriez-vous dans votre parcours?
N.S. - Je n'ai pas trop apprécié la période des années 80. Le succès nous est tombé dessus après une chanson (L'aventurier en 1981 - NDLR) et il a fallu gérer les caprices des uns, les délires des autres, y compris les miens. Des regrets? J'ai serré certaines mains alors que je n'aurais pas dû. Par contre, je n'ai aucun remords sur nos albums, nos chansons. Je ne suis pas satisfait de tout, loin de là, mais notre parcours est honnête.

[...]

Vous allez avoir cinquante ans et des fans de quinze ans vous trouvent sexy et vous vénèrent. Vous y pensez devant le miroir en vous rasant?
N.S. - Indochine existe depuis trente ans et il y a toujours eu des ados qui m'ont balancé des trucs très chauds. Au début, j'avais l'âge de leur petit copain, puis celui de leur grand frère et maintenant celui de leur père. Il faut rester serein par rapport à ça. Même si j'ai la chance de ne pas faire mon âge, il y a vachement de mecs plus sexy que moi. Ils ont fait un sondage en France sur les personnalités les plus sexy. Je suis arrivé 48e sur 50. Sur scène, je fais un peu ma rock star, c'est le jeu et je m'amuse tant que je peux encore me le permettre. Mais je rentre seul dans ma chambre d'hôtel. Et le lendemain matin, je ne me regarde pas trop dans la glace.

D'où vient votre capacité à traduire les états d'âme de personnes qui, a priori, sont très éloignées de ce que vous êtes, comme la jeune malade anorexique de la chanson Alice & June.
N.S. - Je ne me suis pas beaucoup documenté sur l'anorexie avant d'écrire cette chanson. J'en ai parlé avec mes mots, sans plaindre ceux qui souffrent de cette maladie mais en essayant de comprendre. C'est peut-être ce qui fait la force du morceau. J'ai reçu énormément de lettres, environ 200, de mamans ou de jeunes touchés par l'anorexie.

Etes-vous conscient de l'impact moral que vous avez sur la nouvelle génération?
N.S. - L'impact moral? Il ne faut pas exagérer. J'essaie de ne pas avoir de responsabilité morale, sinon ça me rendrait fou. Mais, c'est vrai, il m'arrive de me poser la question. J'ai parfois l'impression d'aller un peu trop loin, je peux alors m'autocensurer ou recevoir des rappels à l'ordre des membres du groupe. J'avais fait chanter ma fille sur Alice & June, par exemple, et ils n'étaient pas d'accord. Je me souviens aussi qu'à l'époque de l'album "Wax" en 1996, j'avais renoncé à chanter en Belgique la chanson Mir-Live qui abordait le thème de la pédophilie. On était en pleine affaire Dutroux, il ne fallait pas en rajouter. Je suis père de famille, je sais qu'on ne peut pas tout dire même si on fait du rock.

Certains disent qu'Indochine parvient à combler le fossé entre les parents et leurs enfants.
N.S. - Si c'est vrai, tant mieux. Ce fossé a toujours existé. Nous passons tous par là. L'adolescence s'accompagne toujours d'un sentiment d'incompréhension ou de celui, encore plus douloureux, de ne pas être aimé. Mais aujourd'hui, j'ai l'impression que ce sont les parents qui se sentent incompris et rejetés par leurs enfants. Les ados, ils ont un GSM, ils ont Facebook ou Twitter. Ils sortent moins, se coupent du monde extérieur, mais communiquent énormément au sein d'une bulle qui échappe à leurs parents.

[...]

Avec le recul, quel regard portez-vous sur Isabelle a les yeux bleus, le sketch des Inconnus qui vous parodiait en 1990?
Oli de Sat - Moi, je ne faisais pas encore partie d'Indochine à l'époque, j'étais fan et j'ai trouvé que ça allait beaucoup trop loin. Du jour au lendemain, Indochine était assimilé à tout ce qu'on voit dans le sketch. Il y a même beaucoup de gens qui pensaient qu'Isabelle a les yeux bleus était un morceau écrit par Indochine.
N.S. - Le sketch comprenait une chanson et une interview. Les Inconnus ont été très justes dans leur parodie d'interview. Quand je revois les émissions télé que nous avons faites dans les années 80, c'est pathétique. Isabelle a les yeux bleus, par contre, c'est dur. Je me suis dit que les Inconnus nous faisaient payer très cher notre notoriété. Je me trouvais chez mes parents lorsque j'ai vu pour la première fois le sketch. Mon frère jumeau, Stéphane, venait d'être papa et ça ne s'était pas bien passé. Alors que nous vivions ce moment difficile entre nous, toute la France se foutait de notre gueule. Avec le recul, j'en veux moins aux Inconnus qu'à ma firme de disques. Notre album "Le baiser" sortait dans les bacs et les responsables de BMG nous disaient: "Sorry, les gars, on ne peut pas promouvoir ce disque dans les radios. Il y a les Inconnus qui font un carton." Ceci dit, on ne peut pas se plaindre quand on voit ce que les Guignols ont fait sur Johnny, Bruel ou Jean-Pierre Papin.

On vous voit très peu dans les émissions télé. La faute à Indochine ou aux animateurs qui ne vous invitent pas?
N.S. - Je préfère me faire rare à la télé. La télévision ne me parle plus du tout. C'est devenu un grand spectacle et je ne m'y retrouve pas. Vous savez quelles sont les deux séquences les plus regardées de la dernière cérémonie des Victoires de la Musique? Celle où Bashung évoque sa maladie et celle où Adamo se plante. Moi, ça me gêne. Aller chez Ruquier? Pourquoi? Pour me faire insulter par un chroniqueur d'extrême droite ou me faire allumer par un autre chroniqueur/écrivain raté? Indochine ne vaut une polémique que pour ceux dont le métier est de faire de la polémique.

Mais Nagui, il respecte les artistes, non?
N.S. - C'est vrai, et les groupes qu'il reçoit dans Taratata peuvent jouer dans des conditions techniques irréprochables. Nagui fait du bon boulot, il a bon goût et c'est un passionné. Mais c'est son émission et c'est lui qui fixe les règles. Il doit donner son accord sur l'obligatoire duo. Moi, je voulais faire Love Will Tear Us Apart de Joy Division avec le groupe Asyl. Nagui m'a dit que la chanson n'était pas assez connue. Dans ces conditions...

[...]

Votre tournée actuelle est sans doute la plus sophistiquée jamais entreprise par Indochine. Est-ce qu'il y a encore une part d'improvisation dans vos concerts?
N.S. - C'est une grosse machine, effectivement. Il faut six semi-remorques pour tout transporter, il y a un jeu d'écrans à 180 degrés et un visuel très précis qui nous impose une certaine discipline. Nous ne pouvons pas toucher à l'introduction du concert, par exemple, et certaines chansons ont un minutage prédéterminé car les images diffusées sur les écrans doivent coller avec la musique. Mais Indochine, ce n'est pas non plus une comédie musicale. Le répertoire change chaque soir. Lors de notre premier concert à Forest, il paraît que j'ai dit "Putain" quand on a eu un problème technique sur Trois nuits par semaine. Ce n'était pas sur mon prompteur. Aucun de nos six concerts à Forest ne sera pareil. On sait que les gens viennent nous voir plusieurs fois.

[...]

Vous invitez toujours des artistes belges à jouer lors de vos premières parties. Quels sont vos artistes préférés?
N.S. - J'aime bien The Mash (le groupe du fils de Marc Morgan qui a ouvert pour Indochine le 21/10), Soldout et Montevideo.
Oli de Sat - Je suis fan absolu de Soulwax, de Ghinzu et de Soldout.


http://www.telemoustique.be/tm/magazine/8949/indochine-par-nos-lecteurs.html

# Posté le mercredi 11 novembre 2009 07:43